Le test de QI est-il vraiment fiable pour parler de potentiel ?

 

La notion de Haut Potentiel Intellectuel (HPI) est liée aux résultats obtenus au test de QI mais pas que. Quelle est la place de ce test ? Est-il fiable ? Est-il suffisant pour affirmer un Haut Potentiel ?

En France, pour dépister une notion de « surdoué », on se sert de deux types de test. Le WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children) pour les enfants et le WAIS (Wechsler Adult Intelligence Scale) pour les adultes. On parle de HPI à partir de 130 de QI, soit environ 2% de la population.

Même si la notion de QI est importante dans le dépistage d’un Haut Potentiel Intellectuel, ce n’est pas la seule notion à prendre en compte. Outre le fait que le test de QI ne prend pas en compte un certain nombre de critères particulièrement importants comme le fonctionnement de l’HPI, certains facteurs peuvent influer négativement sur les résultats du test. La mesure du QI ne semble pas adaptée à cette problématique et d’autres méthodes d’exploration prometteuses comme l’IRM sont en train de faire surface.

Rappels sur la notion de Haut Potentiel Intellectuel

Comme je l’expliquais dans mon article plus complet sur le sujet il y a deux aspects à prendre en compte dans le Haut Potentiel Intellectuel. L’un quantitatif (le score de QI) et l’autre qualitatif (le fonctionnement). Ces deux aspects sont indissociables. Garde le à l’esprit car c’est important pour la suite de l’article.

Le rôle du score de QI

Le but de ce test psychométrique est de faire des comparaisons entre des échantillons d’individus. Cela permet donc d’établir un score sur une échelle type. Ce score positionne les individus à différentes strates en fonction des résultats obtenus à ce test. Initialement, l’échelle de QI a été inventé par Alfred Binet pour permettre d’identifier les élèves en difficultés dans le système scolaire du siècle dernier. C’est l’inverse qui a été fait lorsque l’on s’est rendu compte qu’on pouvait mettre en évidence les enfants au plus grand potentiel.

Les limites du test de QI

Comme tu l’as compris, le test de QI est un outil statistique. Il semble que se soit un des points phares des limites qu’il présente. En effet, masse et individualisation ne font pas bon ménage.

Premièrement, ce test a été crée en se basant sur des individus de même milieu culturel. Ceci implique que les consignes ne sont pas forcément adaptées à tout le monde.  Il est évident que les personnes ne maîtrisant pas parfaitement la langue du fait de leur différence soit culturelle soit sociale auront des résultats faussés . Le deuxième point noir est qu’il ne prend pas du tout en compte l’aspect qualitatif du fonctionnement du HPI. Troisième limite, il ne prend pas non plus en compte les handicaps d’apprentissage (ce qu’on appelle les dys, comme les dyslexiques, dysphasiques, dyspraxiques…).

Beaucoup de points noirs pour un test utilisé pour faire ressortir un fonctionnement particulier. Surtout quand il ne l’analyse pas ! Fort heureusement, lorsque l’on s’adresse à un psychologue qualifié, le bilan ne s’arrête pas à ce seul test. Une fois passé, le psychologue conduit un entretien pour analyser différents paramètres qui lui permettront d’avoir des informations supplémentaires essentielles au dépistage.

Un test de QI qui peut beaucoup varier

Lors du passage d’un test de QI, plusieurs facteurs peuvent avoir un impact sur les résultats. Rappelons le, les HPI ont très souvent une sensibilité accrue. Certains ont pu aussi avoir des histoires douloureuses durant les phases d’enseignement scolaire. Certaines personnes peuvent donc se trouver dans une situation particulièrement stressante quand, même à l’âge adulte, on leur demande de passer un simili d’examen.

On peut aussi ajouter les conséquences des résultats. Et si j’étais en dessous de 130 ? Cela reviendrait à s’être survalorisé, devoir affronter cet échec dans une période où l’on a besoin de réponses. En effet, cette anxiété d’anticipation peut, et particulièrement chez le Haut Potentiel, le mener à s’auto-saboter et fausser les résultats.

Quelles alternatives au test de QI ?

Outre l’effet Barnum (qui décrit un biais amenant une personne à voir une vague définition de la personnalité comme s’appliquant spécifiquement à elle même), si tu te reconnais dans un nombre important des spécificités du fonctionnement HPI, tu es sensiblement sur la bonne voie !

L’autre alternative serait par exemple le dépistage par IRM. Les différences neurobiologiques du fonctionnement du cerveau HPI ont été très bien mises en évidence par la communauté scientifique (même s’il reste encore beaucoup de travail). Un tel mode de dépistage permettrait d’avoir un résultat beaucoup plus fiable. Cela permettrait aussi de ne plus faire passer le test de QI avec tous les inconvénients décrits plus haut.

 

Et toi, as-tu fait le choix de passer un test de QI ? Comment l’as-tu vécu ? N’hésite pas à répondre en commentaire de l’article.

 

Réferences :

Bost, Cécile. Différences & souffrances de l’adulte surdoué (2011), Vuibert pratique, Paris.

9 Commentaires

  • Sophie dit :

    J’ai passé un test de qi il y a environ 6 ans. qi à 129 que j’ ai trouvé très subjectif. Résultats non interprétables car qiv nettement plus élevé que qip et écarts types de plus de 50 points. La psy: vous êtes hyper sensible une mémoire hors normes (155) mais pas HP car en dessous des 130. J’ai vu ensuite qu on ne fait pas de moyenne de qi avec de tels écarts donc sont résultat est erroné. Heureusement que je ne me suis pas arrêté à ce bilan, que j’ai continué à chercher et à comprendre, et rencontré d autre thérapeutes qui m ont apporté des réponses.

    • Florian BIGEY dit :

      Bonjour Sophie ! Merci pour le retour ! Vous avez tout à fait raison, lorsque de tels écarts se produisent le test ne peux pas être fiable. Comme expliqué dans l’article, de nombreux facteurs peuvent influencer négativement sur le passage du test. Vous avez bien fait de ne pas vous y arrêter car vous êtes très probablement HP. Quel a été l’impact de cette expérience sur votre cheminement ?

  • Eroz dit :

    Bonjour,

    J’ai passé un test de QI il y a 7 ans à une période de crise identitaire causant une dépression.

    Sur les raisons de cet hypersensibilité, sur ce sentiment de décalage ressentit depuis toujours. J’ai trouvé des éclaircissements sur des sites relatants de zèbritude.

    J’y suis allé avec une pression énorme, comme vous décrivez plus haut.

    Résultats : Hétérogène. Un score hors norme au test de compréhension, un score sous la moyenne (70) au test de mémoire.
    Pas de compte rendu, j’en ai conclu que la réponse à mes questions n’était pas celle de la surdouance. Mais j’ai bien gardé en mémoire que cette dernière était médiocre…

    Ça m’a plongé encore plus dans le vide… Et a dégradé encore plus ma confiance en moi.
    J’ai rompu avec celle que j’aimais pour ne plus la faire souffrir de mon mal-être.

    Aujourd’hui, toujours ce décalage et une faible confiance en moi. Ce que les gens ne comprennent pas. Me disant génie qui s’ignore, profil atypique, une flèche. Heureusement que j’ai tout de même trouvé un travail me laissant libre d’exprimer mes divers intérêts.

    Je suis d’accord pour dire que ces tests de QI ont leurs limites et qu’il faut y aller serein.

    Je suis aussi intéressé pour en savoir plus sur le passage d’IRM. Le fonctionnement du cerveau m’a toujours passionné.

    Belle soirée.

    Eroz

    • Florian BIGEY dit :

      Bonjour Eroz,

      Et merci pour ton retour sur ton expérience.

      C’est très étrange que tu n’ais pas eu de compte rendu sur le test de QI, voir problématique. Attention, un QI hétérogène N’EXCLUT PAS la possibilité d’un haut potentiel. Au contraire ! Les profils complexes ont souvent des QI hétérogènes. Généralement, un neuro psy correctement formé tranchera la question avec tous les éléments qualitifs et périphériques issues de l’entretien.

      Concernant le passage de l’IRM, il n’est a mon sens pas encore possible de le faire en « grand public ». Les résultats de ce test on été mis en évidence dans le cadre des recherches du Dr REVOL sur le sujet. Mais ce n’est pas encore démocratisé.

      Belle soirée

  • VALERIE GUERIN dit :

    Je n’ai pas passé de test de QI. D un coté j ai peur d echouer et d etre bête et de l autre j ai peur de réussir. J aimerais juste être comme tout le monde.

    • Florian BIGEY dit :

      Bonjour Valérie,

      Le test de QI ne quantifie pas l’intelligence, il mesure l’intelligence logico-mathématique qui n’est pas la seule forme d’intelligence.
      Vous ne pouvez pas vous changer, vous êtes telle que vous êtes. La question à se poser est plutôt comment faire en sorte de vous sentir bien avec vous même et de vous entourer de personnes avec qui vous pouvez être vous même.
      Belle soirée

  • Baptiste dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article de grande qualité ! Ils sont font rare de nos jours sur ce sujet.

    Je suis actuellement sous anti-dépresseurs et anti-anxiolytique après avoir fait plusieurs crise de panique. J’ai 21 ans et déjà complètement perdue mentalement. Pensées parasites et négatives à longueur de journée. Après avoir vu plusieurs fois une psychanalyste, elle me conseilla de faire un test de QI pour confirmer son diagnostic. En effet, après avoir parlé longuement avec elle, elle m’expliqua avoir presque toutes les caractéristiques du surdoué (pensée en arborescence, grosse avance scolaire au début puis chute des notes au lycée, hypersensibilité, préfére avoir des conversations avec personnes plus âgées, sentiment d’être different). Je l’ai passé à 8h. Le résultat était très hétérogène 90 en logique (formes géométriques) et 130 en rapidité de réflexion sachant que j’ai pas dormi de la nuit (crise de panique -> direction l’hôpital). Test sous évalué à cause de sa dépression et sa fatigue. La psychanalyste a fait la moyenne et m’a dit : 100 de moyenne, vous n’êtes pas surdoué. Vous devriez seulement consulter un médecin pour un traitement de la dépression. Après avoir lu énormément d’articles et de livres à ce sujet, je pense être réellement surdoué et souffrir de dépression causé par un faux-self/vrai-self excessif. Je pense consulter un “vrai” psychiatre ou psychologue pour confirmer mon diagnostic.
    Que pensez-vous du diagnostic de ma psychanalyste et de mon diagnostic ?

    Merci beaucoup d’avance et bon courage pour vos travaux.

    • Florian BIGEY dit :

      Bonjour Baptiste,

      Merci pour votre courageux commentaire et votre confiance.

      Malheureusement, si le passage d’un test de QI et l’analyse des résultats était aussi évident que de faire la moyenne des différents items, personne ne se casserait la tête à devenir neuropsychologue ! Le raisonnement de votre psychanalyste partait peut-être d’une bonne intention mais il n’est pas juste du tout. Lorsqu’il y a plus de 2 écarts types entre différents item du test, le QI est effectivement hétérogène et il est IMPOSSIBLE de calculer le QI total. Ce qui est votre cas. Cela veut-il pour autant dire que vous n’êtes pas HP ? Pas forcément. Un des items est de 130 ce qui est suffisant pour ce poser la question. Pour le savoir, c’est le fonctionnement et l’enfance qu’il faut creuser.

      Un QI hétérogène peut vouloir dire plusieurs choses. Par exemple qu’il y a des co-morbidités avec le haut potentiel, comme un TDAH, un trouble -dys, un trouble de la sphère autistique… Cela peut aussi traduire un stress important sur un épreuve particulière, résultant d’un trauma. Les traitements psychotropes peuvent aussi beaucoup interférer puisque le but de certains est justement de provoquer un ralentissement psychique. Bref, BEAUCOUP de choses peuvent faire varier le score. A mon sens, la seule quantification de l’intelligence logico-mathématique dans le but de détecter un haut potentiel n’a pas de sens si on ne travaille pas sur le fonctionnement qualitatif. Vous consultez car vous vous sentez mal, pas parce que vous avez 20 de moyen en maths sans travailler.

      Ce que je vous conseille, c’est de vous faire accompagner par quelqu’un qui connait bien le sujet (et qui ne le prétend pas juste) et surtout avec qui vous avez un bon feeling. Chaque type de thérapie a sa particularité.

      Belle soirée

      • Baptiste dit :

        Merci pour votre rapidité.
        Ma psychanalyste m’a, en effet, posé des questions sur a jeunesse. Le problème est que je n’ai aucun souvenir de mes 0 à 9ans. Le trou noir.
        C’est tout à fait vrai. Je consulte parce que je suis mal.
        Mais qui va réellement prendre rendez-vous chez un psy quand on a 20 en maths sans réviser ? Comme beaucoup d’autre chose malheureusement, on attend toujours le négatif pour se poser des questions.
        Mon traitement d’anti-dépresseurs date de bien après mon test.
        Je pense, en effet, comme vous dites, être dyslexique..
        Pour finir, je vais, en effet, prendre rendez-vous avec un psychologue ou un psychiatre pour mettre une fois pour toutes les choses au clair.

        Merci pour tous
        Bonne soirée

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