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*A la demande des participants, les prénoms ont été modifiés.

Même s’il serait stigmatisant de dire que tous les HPI vont mal, certains se trouvent en grande souffrance. Parfois même à cause de l’accompagnement qu’on leur propose. C’est le cas que nous rapporte Marie(*), mère d’un jeune garçon “zèbre” dépisté trop tardivement. La méconnaissance des HPI a conduit celui-ci à une hospitalisation de 3 ans en psychiatrie avec son lot de thérapies lourdes et inadaptées. Aujourd’hui, ce jeune homme va mieux et est sorti de cet enfer. Le témoignage encore douloureux de Marie nous montre l’importance d’un accompagnement adapté et spécialisé. Ce passage en psychiatrie leur a laissé à tous les deux une cicatrice qui peine à s’effacer.

Un témoignage qui soulève de nombreux dysfonctionnements

Cet entretien met en lumière de nombreux problèmes liés à la psychiatrie actuelle.  Il suffit d’une erreur d’orientation dans le parcours de soins pour enfermer un adolescent qui mettra des années à se reconstruire. Comment autant de médecins ont pu passer à côté d’une caractéristique qui touche 2 à 3% de la population ? Un autre problème majeur est l’orientation des adolescents en difficultés. Entre 16 et 18 ans, les adolescents sont trop “vieux” pour la pédiatrie et trop “jeune” pour les prises en charge adultes. Le besoin d’accompagnement se transforme en parcours du combattant pour trouver les intervenants adaptés.

L’histoire de Marie et de son fils permet aussi de se rendre compte à quel point les parents peuvent se retrouver isolés et démunis face à  un enfant qui commence à aller mal à l’école. Malgré toutes les alertes lancées par ce jeune homme (absentéisme, repli sur soi…) pourquoi le médecin scolaire n’a-t-il pas pris les mesures nécessaires ? Pourquoi avoir au sein de l’éducation des représentants médicaux et paramédicaux s’ils n’ont aucun pouvoir décisionnel ? Bien que la tendance soit à l’amélioration, il reste un travail énorme à faire pour accompagner et surtout dépister au plus vite ces enfants dans le cadre du milieu scolaire.

Marie, votre fils à été détecté Haut Potentiel Intellectuel, comment cela s’est-il passé ?

Cela s’est très mal passé parce que mon fils n’a été diagnostiqué HPI que très tardivement. Il a été hospitalisé durant 3 ans dans une structure psychiatrique pour troubles du comportement, alcoolisation, déscolarisation … Il a été traité pour ces “symptômes” par des thérapies lourdes et non adaptées.

Qu’est-ce qui vous a amené à penser que votre fils pour être un zèbre ?

Mon fils a toujours été différent, essentiellement dans son milieu scolaire. Il était toujours en décalage, y compris à la maternelle. Il n’a jamais été “scolaire”. A 2 ans il parlait très bien. Son vocabulaire était riche, ses phrases très structurées. Avant il dessinait pour se faire comprendre. A la maternelle, il faisait rire tout le monde par ses imitations de personnages publics. Il avait une maturité différente de celle des autres enfants. Il s’intéressait à beaucoup de choses mais n’arrivait pas à canaliser son attention. En fait, j’avais l’impression qu’il partait dans tous les sens sans avoir de but précis.

Comment à évolué votre fils depuis son dépistage ?

Le dépistage a été comme un électrochoc pour lui comme pour moi. Personne ne nous avait orienté vers ce diagnostic, malgré un suivi par un pédopsychiatre dans un CMP. Enfin il a compris qu’il n’était pas “malade”, juste différent des autres.

Depuis, il essaie de mettre son expérience au service des autres. Comme beaucoup de HPI son empathie est très forte. C’est un atout majeur dans sa reconstruction et dans son projet professionnel.

Votre histoire avec votre fils a été difficile, qu’est-ce qui vous a aidé ? Et qu’est-ce qui vous a desservi ?

Le soutien sans faille de notre médecin traitant qui le connaissait depuis sa petite enfance, de son père qui m’a aidé à ne pas sombrer avec lui, de mon frère qui avait des connaissances en psychologie et de mon hypnothérapeute.

Ce qui a été le plus violent c’est sans aucun doute la confrontation avec les psychiatres qui sont focalisés sur leur propre diagnostic, qui ne vous écoutent absolument pas et qui ne pensent qu’à soigner les “symptômes” sans même rechercher la “cause”. Vous vous sentez complètement impuissants.

Pensez-vous que l’école a été adaptée pour lui ? Quel a été l’impact de l’équipe éducative ?

Non l’école n’a absolument pas été adaptée pour lui. Il a été plutôt bon élève jusqu’au lycée et après ce fut catastrophique. Personne ne s’est intéressé à la chute de ses notes, à ses absences répétées, à ses passages quotidiens à l’infirmerie. Je n’ai rencontré au lycée que des professeurs “suffisants” qui se demandaient pourquoi il lisait Freud et Lacan à la place de Maupassant…Aucune écoute, aucune empathie juste le désir que je le retire rapidement de l’établissement.

Ensuite, après différentes hospitalisations dans des structures psychiatriques complètement inadaptées, il a eu la grande chance d’intégrer la clinique psychiatrique Dupré à Sceaux. Là il était suivi par une psychiatre extraordinaire qui connaissait parfaitement les adolescents, qui les écoutaient et qui leur permettait de rentrer chez eux tous les week-ends.

Il a été re-scolarisé dans cet établissement. Ce sont les professeurs qui se sont adaptés à son rythme et qui l’ont aidé à passer son baccalauréat. Là c’était une toute autre dimension. Les professeurs étaient attentifs à ses progrès et petit à petit l’ont aidé à reprendre goût aux études.

Si vous aviez des conseils à donner aux parents qui se trouvent dans votre situation avec leurs enfants, quels seraient-ils ?

De faire le dépistage HPI le plus rapidement possible (avant l’adolescence) et de ne pas écouter les enseignants qui leur martèlent que leur enfant est nul.

Il faut essayer de faire confiance à son enfant, même si ses demandes vous paraissent irrationnelles. Lui proposer beaucoup de choses car son cerveau doit être “nourri” en permanence.

Vous allez souvent être déstabilisés par son comportement (il va avoir une foule de projets qui n’aboutiront pas forcément), par ses questions auxquelles vous ne pourrez pas toujours répondre. Laissez le découvrir, explorer. Il ne doit pas être enfermé dans un cadre rigide. Il a besoin d’explorer de nouvelles pistes en permanence.

En résumé : accompagnez le sans le contraindre. C’est comme ça qu’il va pouvoir utiliser son potentiel qui va devenir une grande richesse.

Et concernant les enseignants et professionnels de l’éducation ? Avez-vous un message à leur adresser ?

Mon expérience a été catastrophique donc je ne vais pas être objective. L’école “traditionnelle” est, comme je l’ai dit plus haut, complètement inadaptée aux enfants HPI.  J’ai simplement envie de dire aux enseignants : “’Intéressez vous un peu plus à vos élèves et à leurs comportements”. Vous passez pratiquement plus de temps avec nos enfants que nous parents. Alors interrogez-vous quand un élève décroche, qu’il se replie sur lui-même, qu’il ne communique plus. Signalez le nous. Mon hypnothérapeute a eu une phrase à propos de mon fils qui m’a beaucoup marquée  : “il a juste éteint la lumière”.

L’infirmière scolaire devrait être un intervenant majeur. Ce n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Les parents sont livrés à eux-mêmes face à un enfant qui va mal. Il faut un partenariat “enseignants” “parents” “médecin scolaire” beaucoup plus développé.

 

Ce témoignage vous a touché ? Vous vivez ou avez vécu la même chose ? N’hésitez pas à commenter l’article pour m’en parler !

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Florian BIGEY - Coaching Zèbre

Author Florian BIGEY - Coaching Zèbre

Coach pour Atypiques, j'ai d'abord évolué en tant qu'infirmier puis naturopathe. Après mon dépistage HPI à l'âge de 24 ans, j'ai voulu me spécialiser sur l'accompagnement de la population neuro-atypique. J'aide aujourd'hui les autres à remettre du sens dans leur vie, reprendre confiance en eux et libérer leur potentiel.

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